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Virgin and Child

Virgin and Child

Virgin and Child

wood with remains of polychrome
Île-de-France/ reims, 13th century
h: 38 cm

phone 0032 3 314 90 34 mobile 0032476 963 483.

PROVENANCE

Sculpture de la
Vierge à l' Enfant en Majesté assise, coiffée d'une couronne


L’influence de l’antiquité fait son apparition dans l’art Roman à la fin du 11ème siècle. Ce que nous appelons la première renaissance du Gothique, se propage à partir de St.-Jaques de Compostelle vers le sud de la France et le reste de L’Espagne. Elle se manifeste essentiellement dans l’architecture où les motifs et structures Corentin refont leurs apparition. D’importants exemples de cette période sont entre autres les églises de St Jaques de Compostelle, de St Martin de Fromista, les cathédrales de Pamplona et de Jaca, le St Sernin de Toulouse et l’église St Pierre de Moissac.
C’est aux alentours de 1200 que se manifeste la deuxième Renaissance Gothique. Celle-ci aura des conséquences considérables sur la sculpture. C’est également en cette période qu’a lieu la construction des grandes cathédrales.

Les 19 sculptures originales et restantes de la porte ouest de la cathédrale de Chartres sont considérées comme des exemples maîtres de la sculpture ‘pré Gothique’. ( Les exemples les plus anciens et daté d’avant 1140 se trouvent cependant à St Denis). D’un point de vue historique ces sculptures de pilier représentent un tournant dans l’évolution sculpturale et artistique ; le passage du Roman au pré Gothique. C’est le début d’une nouvelle période sculpturale. Bien que ces sculptures aient encore une attitude très stylée, chaque personnage semble avoir sa propre apparence et caractère; pour la première fois dans la sculpture moyenâgeuse nous voyons l’apparition d’une différence marquée entre les représentations masculines et féminines, jeunes et vieux, …

Mais il y a plus, la mentalité de l’époque a changée. Les tympans qui ornent l’entré des églises Romanes représentent essentiellement le jugement dernier. Les nombreux pèlerins qui fréquentaient les cathédrales, étaient effrayés par ce juge sévère et menacent et les créatures apocalyptiques ( p. ex. Autun, Beaulieu-sur-Dordogne, Conques). Dans la cathédrale de Chartres cependant nous ne retrouvons aucune de ces visions atroces de fin du monde. Les monstres ont été déplacés vers les abords du portail et sont à peine visible. Le Christ n’apparaît plus comme un juge effrayant mais tel le sauveur.
Les personnages représentés sont figés et d’une beauté sans expression. D’autres éléments tels les symboles du zodiac et du calendrier tout comme les symboles des arts libres font leur apparition.

Lors du changement de siècle, entre le 12ème et 13ème, la tendance sculpturale du Nord de la France, ce trouve alors sous l’influence de l’antiquité. Les personnages de cette époque sont drapés de tuniques antiques aux plis souples et fluides sous lesquelles il est possible de deviner la forme du corps. Ils se détachent des colonnes et sont dotés de caractéristiques humaines, de mouvement et d’une expression émotionnellement palpable.

Les portiques célèbres des cathédrales tels que le Notre-Dame de Paris, Senlis, St Denis et Chartres sont considérés comme le début de la sculpture Gothique. Les sculpteurs gothiques voulaient souligner leur vision de Dieu et des figures bibliques. L’intérêt croissant pour la Vierge et la place proéminente qu’elle reçoit sur les portiques n’est pas le fruit du hasard. L’adoration croissante de la Vierge annonce le début de l’humanisation du sacré.

Une nouvelle conscience grandit. La population ne se sent plus inexorablement dominé par un Dieu et une église impitoyable. Les soulèvements hérétiques qui submergent l’Europe, provoquent un bouleversement total dans la mentalité européenne. Les œuvres cauchemardesques des tympans n’ont plus aucune prise sur la population qui est essentiellement composé d’analphabètes. Ils préfèrent se tourner ver les hérétiques. Les dirigeants ecclésiastiques, les maîtres d’œuvres et les sculpteurs sont bien obliger d’accepter cette nouvelle soif d’humanité. Le message plus humaniste qu’ils veulent transmettre par leurs sculptures doit être clair et reconnaissable. Les scènes de l’enfer, autrefois omniprésentes sur les tympans, sont refouler vers les endroits les plus reculés du saint lieu. Celles ci sont remplacées par des illustrations du pardon envers les humbles afin de ramener l’homme moyenâgeux au sein de l’église. Personne ne peut reverser la tendance de cette nouvelle conscience, même si l’église retourna à la fin du 13eme siècle vers un style plus divinement élevé.

La Vierge Dorée ( 1240-1245) de Notre-Dame d’Amiens est un des exemples les plus connus de cette courte période d’après 1200. Son nom provient du fait qu’elle fut jadis ( jusqu’au 18ème siècle) vraiment recouverte d’or. Elle représente le vrai point central du portail.
L’importance primordiale d’un point de vue historiquement artistique, est clairement lisible sur la sculpture elle-même ; le sourire qu’elle arbore envers son fils est neuf. Celui-ci ne transmet pas uniquement le lien personnel qui lie les deux personnages mais surtout le côté humain de ce dernier. Le sculpteur impose ici un changement crucial. Par ce changement de style il délaisse la vierge noble et sévère pour une mère axée sur son fils. C’est au cours de cette période, également surnommé ‘le style de 1200’, qu’apparaissent des sculptures ayant des expressions humaines ; une attitude moqueuse ou remplit de douceur, des sourcils froncé, un sourire, etc. L’exemple le plus connu est l’ange de Reims et son sourire.


Description

Nous voyons ici une Vierge à l’enfant, assise, coiffé d’une sorte de couronne. Cette sculpture d’une grande finesse et d’une grande douceur expressive est très représentative des productions effectuée à Reims ou en Ile-de-France à cette époque. Elle représente en effet la grâce extrême Parisienne du XIIIème siècle. Les visages sont très délicats, les traits toujours empreints de douceur, et les expressions d’une merveilleuse plénitude Les caractéristiques qui firent la célébrité des ateliers parisiens au XIII siècle, furent repris par ceux de l’Ile-de-France et de Reims. Le traitement du drapé est lui aussi de cette région. Les grands chantiers des XIIème et XIIIème siècles ( e.a. le Notre-Dame de Reims) ont, en effet, permis la naissance d’un style particulier. Dans la grande tradition antique, Paris et Reims ont repris le traitement du 'drapé mouillé', puis ils adoucirent cette caractéristique pour élaborer un drapé d’une rare souplesse et d’une extraordinaire fluidité.

Cette Vierge de l’époque gothique est encore dans la tradition des Vierges en Majesté de l’époque romane, mais son visage plus doux et vivant contraste avec la sévérité des Vierges de l’époque précédente.
Nous voyons ici une jeune femme qui est heureuse de présenter son enfant plein de vie. Elle n’a encore aucun pressentiment de ce qui se passera plus tard sur la croix.
Elle sourit et est légèrement penché en direction de son fils trônant sur ses genoux. Son bras gauche l’entoure. Dans la main droite, qui n’est plus présente sur la sculpture, elle devait selon toute vraisemblance tenir une fleur.
L’enfant lève la tête en direction de sa mère et sourit avec exaltation. Il porte une longue tunique qui tombe jusqu'à hauteur de ces pieds. Dans ces mains, qui manquent également, il devait probablement tenir un petit oiseau.
Marie porte une tunique a large décolleté et une fine ceinture autour de la taille. Par-dessus elle porte un manteau souple qui est maintenu sur son torse par une boucle. Elle est drapée d’un petit voile.
Son visage rond/ovale dégage une expression d’amabilité et de noblesse. Les yeux sont en forme d’amande, dessous nous voyons un petit nez droit et fin et une petite bouche souriante . Ce visage est typique pour les sculptures produites aux alentours de 1240. Ce style raffiné et très typique, mieux connu sous le nom de ‘style 1200’, atteignit son comble en Rhénanie et en l’Île-de-France.

Le raffinement de cette sculpture de la Vierge se manifeste surtout dans le visage. Les détails ; sa robe simple, la ceinture fine et le décolleté rond sont tellement subtils que toute l’attention se porte sur le visage de Marie et celui de l’Enfant. Cette pièce est une belle illustration de cet âge d’or des sculptures de Paris, Reims et Strasbourg.


Tout nous indique que ce travail particulièrement délicat date de la seconde moitié du treizième siècle et provient d’Ile-de-France, voire de Paris vu sa qualité exceptionnelle.
Les sculptures en bois étaient plutôt rares à cette époque. Nous ne connaissons aucune autre sculpture, façonnée en bois, datant de cette période et provenant de cette région.

Origine:
France, Île-de-France ou Reims, seconde moitié du XIIIème siècle, noyer, restes de la couche d’origine de craie.

Dimensions
Hauteur: 36 cm

Dommages
Dommages visibles; les mains de l’enfant manquent, tout comme la main droite de Marie, des traces d’usure sont visibles au bas de la sculpture

Restaurations
Traitement contre les vers et léger nettoyage.

Provenance
Collection privée, Paris.

Publication
Connaissance des Arts 1956











Luc De Backker
Août 2007